MATHADORE
    Volume 9 Numéro 286 –  5 0ctobre 2008
L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématique

            Tests de Q.I., dyscalculie et promotion

Les tests dits de quotient intellectuel, ou de quotient cognitif, ont pour origine les travaux de Binet et de Simon qui, il y a un siècle, désiraient mettre au point des outils prédictifs du succès scolaire. Pour cette raison, on les a d’abord appelés  «tests de scolaptitude».

La conception de ces tests était relativement simple, il s’agissait d’abord de poser aux élèves des questions semblables à ce qu’on leur posait en classe. Par la suite on établissait une relation entre le succès scolaire et le succès à chaque question du test. Une question du test était reconnue fortement prédictive si, neuf fois sur dix, au moins, elle était réussie par les élèves qui avaient du succès à l’école et si, neuf fois sur dix, les élèves qui éprouvaient des difficultés scolaires répondaient incorrectement à cette même question. Le test était, par la suite, formé des questions qui réussissaient « le test du 90% ». Il va de soi que plus le nombre d’élèves évalués par ces questions, lors de la mise au point du test, était grand, plus le test avait des chances d’être valable.

En classe, l’enseignant n’a pas la possibilité de valider ses outils d’évaluation. Par ailleurs, ceux que le ministère ou la commission scolaire propose ou impose ont été peu ou pas validés et sont moins valables afin de prédire les éventuels succès ou échecs des élèves.

En ce qui concerne la dyscalculie, diverses recherches montrent que les élèves qui en souffrent ont pratiquement toujours un quotient intellectuel inférieur à 80. Le graphe suivant illustre « la répartition théorique de la population par Q.I. standard. »
 

                   

Un peu moins de neuf pourcent (9%) des gens obtiennent des Q.I. inférieurs à 80 (section encadrée) et, par ailleurs, les études sur la dyscalculie avancent qu’entre trois et six pourcent des élèves sont dyscalculiques. En supposant que tous les élèves dyscalculiques ont un Q.I. inférieur à 80 et en supposant que six pourcent des élèves sont dyscalculiques, on peut prédire que deux élèves sur trois, qui ont un Q.I. inférieur à 80, sont dyscalculiques. Deux sur trois, ce n’est pas très utile afin de classer un élève comme dyscalculique, d’autant plus que de nombreux élèves mathophobes réussissent très bien en français par exemple. Or il n’est certainement pas déraisonnable de considérer que le Q.I. a aussi son importance en apprentissage du français et que les dyscalculiques, qui sont forts en français, ont des Q.I. supérieurs à 80. En conséquence, savoir que le Q.I. d’un élève est inférieur à 80 nous permettrait peut-être de conclure correctement environ une fois sur deux qu’il est dyscalculique. Le même taux de succès peut être obtenu en jouant à pile ou face. Les tests de Q.I. ne nous avancent donc guère lors du dépistage de la dyscalculie. Il faut chercher ailleurs.

Mais si un problème aussi répandu que la dyscalculie existe, si des tests aussi validés que les tests de Q.I. ne peuvent la dépister à coup sûr, ou presque, quelle confiance peut-on accorder à la valeur des tests imposés par divers organismes afin d’évaluer les élèves? Comment croire en effet que les tests de fin d’année que le ministère impose, lesquels tests sont peu ou pas validés, peuvent servir à évaluer correctement les élèves? Comment oser utiliser ces tests afin de décider ou non de la promotion d’un élève? Comment oser utiliser de tels tests afin… d’évaluer les enseignants?

Lors de décisions portant sur la promotion des élèves, il y a très peu d’élèves pour lesquels la décision n’est pas évidente même sans aucun test. Or, c’est justement pour ces élèves que la valeur des tests écrits, standardisés ou non, est la plus faible. Se fier à ces tests pour classer les seuls élèves pour lesquels la décision de promotion n’est pas évidente, cela ne vaut guère mieux que de tirer à pile ou face… et l’avenir de l’élève en dépend !

En passant, puisque nous vivons actuellement sous le régime du pourcentage, si un élève obtient 59%, sa promotion doit-elle lui être accordée ? Si la réponse est positive, alors la note de promotion est 59% et non 60%. Mais alors, est-ce que l’élève qui obtient 58%, soit seulement 1% de moins que la note de promotion aura droit à sa promotion ? … 

Évaluer les élèves en utilisant le pourcentage comporte certains avantages :

1. Cela satisfait les parents;
2. Cela permet à certains enseignants, à certaines directions d’école et à la direction de certaines commission scolaires d’éviter de porter un jugement sur la promotion de l’élève : « Je n’ai pas le choix, il n’a pas la note de passage, il doit recommencer son année scolaire.»
3. C’est très rentable politiquement.
Mais l’enfant est perdant.

Robert Lyons