MATHADORE
    Volume 8 Numéro 253 – 7 octobre  2007
L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématique


    Pondération des compétences et bulletins chiffrés

Les bulletins chiffrés ont déjà existé et personne n’en est mort. Certes, il s’agissait d’un temps déjà lointain que des politiciens québécois, qui gouvernent par sondages, nous font actuellement revivre. Tout cela me rappelle l’allégorie de la caverne de Platon. Ça non plus ce n’est pas jeune !

En guise de rappel. Des prisonniers sont attachés à un mur. Ils font face au fond d’une caverne où la lumière du jour projette les ombres des passants qui déambulent devant l’ouverture de cette caverne. Avec le temps, les prisonniers ont appris à observer ces ombres qui, pour eux, représentent la seule réalité.

Ainsi, ils ont appris que ces ombres avaient des étendues diverses, de petites à grandes ; que certaines défilaient lentement alors que d’autres filaient à grande vitesse ; que certaines gesticulaient fortement alors que d’autres semblaient simplement glisser sans autre mouvement ; enfin, le passage de certaines, était accompagné de sons alors que le silence caractérisait le passage des autres.

Avec le temps, les prisonniers ont appris à noter ces observations en utilisant une échelle de 0 à 10. Voici d’ailleurs ces cotes pour une journée où quatre personnages sont passés devant la caverne.

                              

Ces notes montrent des différences importantes entre chacun des personnages A, B, C et D. Il y a certainement lieu de confier A à un expert qui améliorera sa vitesse et à un autre qui lui montrera à parler. B et D devraient suivre un régime. Enfin, C aurait avantage à s’améliorer dans chaque domaine.

Mais attendez, ce portrait, qui est fort utile, devra être pondéré. En fait on accordera des valeurs relatives fort différentes aux quatre types d’observations recueillies. Ainsi, la vitesse ne permettant pas d’étudier les ombres facilement aura un coefficient de pondération de 1. Il en va de même pour l’agitation dont le coefficient sera de 2. Les notes attribuées à la sonorité auront un coefficient de 3, alors que celles touchant les dimensions devront être multipliées par 4. Le tout donnant un précieux pourcentage. Voici maintenant le portrait pondéré et le pourcentage final attribué à chaque personnage.

                              
 

Le pourcentage désignant les performances de chaque personnage sera de 60 %. D’un portrait fortement coloré nous sommes passés à un portrait uniforme, nouvelle façon d’être politiquement correct.

Que des cotes soient attribuées aux diverses compétences prises séparément, passe encore, mais que ces cotes soient par la suite pondérées, voilà un concept plus Adéquiste qu’adéquat…

Voyons cela de plus près. Les compétences analogiques, qui comprennent la compréhension, la synthèse, la créativité, le transfert, servent à guider tout le processus de résolution de problèmes. Sans elles le succès ne peut être espéré que lors d’activités très encadrées à l’intérieur desquelles le succès dépend de la capacité de l’élève à respecter des règles, à exécuter des actions de façon automatique et à utiliser une terminologie spécialisée. Les compétences analogiques relèvent toutes de la compétence « Résolution de problèmes » du programme. Le ministère leur attribue une valeur de 20 % au premier cycle et de 30 % par la suite.

En ce qui concerne les compétences de communication, le ministère leur accorde une pondération constante de 20 %. Bref, pour le ministère la maîtrise de la communication spécialisée est pratiquement aussi importante que la compréhension, le transfert, la créativité, la capacité à faire des synthèses. Pourtant, la communication spécialisée peut être remplacée facilement par la communication quotidienne alors que la compréhension est irremplaçable… sauf au ministère de l’Éducation !

C’est la seconde compétence, celle qui touche le raisonnement et l’efficacité technique qui obtient la faveur du ministère : 60 % au premier cycle et 50% ensuite. Bref, si l’élève peut expliquer le fonctionnement de ses techniques de calcul, de mesure,… et s’il les applique correctement, il est presque sauvé. Ajoutez à cela une bonne capacité à communiquer et il peut s’en sortir puisqu’il pourrait obtenir jusqu’à 70 ou 80 % dans son bulletin, même s’il ne comprend à peu près rien.

Rien de neuf à cela me direz-vous, il y a quelques décennies et quelques siècles, en mathématiques, on apprenait à compter, à calculer et à communiquer. Certes les enseignants nous expliquaient aussi le rôle de l’emprunt et le fonctionnement de la division de fractions. Ils nous enseignaient que tout nombre affecté de l’exposant zéro est égal à un et qu’un nombre négatif multiplié par un autre nombre négatif est égal à un nombre positif. Ah bon ! Et à quoi cela sert-il ? Cela, c’était pour plus tard, un «plus tard» que la majorité des adultes d’âge mûr attendent encore.

Attendez un peu, voici une intéressante citation « L’école primaire est faite pour retenir; l’école secondaire, pour comprendre; l’Université, pour chercher et trouver. » Extrait de Pour enseigner mieux, du Frère Anselme, 3e édition, 1962, page 195. Anselme, mon vieux, si tu vivais encore le Québec te nommerait ministre de l’Éducation.

L’introduction du concept de compétences disciplinaires dans le nouveau programme nous donne la possibilité de mieux caractériser nos élèves et partant, d’intervenir plus efficacement avec eux. La pondération de ces compétences et la transmission de ce qui a été observé sous la forme d’un pourcentage global donne des portraits d’élèves peu utiles puisqu’ils sont imprécis. Amusant puisque désormais, de façon assurée, on pourra croire qu’un élève qui obtient 60 % réussit son année alors que celui qui n’a que 59 % l’échoue. Une précision d’horloger ! Une malheureuse mascarade !

Robert Lyons

La semaine prochaine : L’élève sera perdant.