MATHADORE
    Volume 6 Numéro 220 – 4 juin  2006
L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématique

               Pas de vacances pour les enfants

Dans quelques semaines les rues vont soudainement être envahies par des écoliers arborant leurs plus beaux sourires. Les fillettes vont danser et fêter une liberté retrouvée. Les garçons vont balancer aux rebus leurs cahiers et courir au parc pratiquer leurs sports d’été préférés. Mais leur apprentissage va se poursuivre.

Ils vont apprendre autre chose mais ils vont surtout apprendre autrement. Parfois ils écouteront les explications d’autres enfants ou d’adultes, mais, la plupart du temps, ils tenteront de résoudre par eux-mêmes les divers problèmes que l’été leur offrira.

Cet été, les enfants ne cesseront pas d’apprendre mais nous, nous cesserons d’enseigner. En fait d’enseigner tel que nous avons appris à le faire durant nos études. Cet été, lorsque nous enseignerons, nous le ferons sans subir le stress des évaluations à venir et du programme à voir. Et pourtant notre enseignement sera très efficace et très différent !

Et si nous redevenions élèves ? Si nous profitions de l’été afin d’observer comment les enfants apprennent. Peut-être que nous découvririons des enfants dont la soif d’apprendre est immense, des enfants qui essaient d’apprendre par eux-mêmes avant de demander de l’aide, des enfants ingénieux, talentueux, qui manifestent des capacités d’apprentissage remarquables.

Personnellement, je passe des heures à observer des enfants… j’allais écrire « en apprentissage » mais, ne sont-ils pas toujours en apprentissage même lorsqu’ils ne sont pas à l’école ?

J’ai en mémoire de très nombreuses observations d’enfants et je me rappelle très peu des cours de pédagogie que j’ai suivis. Depuis plus de trente ans je donne régulièrement des ateliers de formation aux enseignants et aux parents en leur racontant plusieurs de ces observations. Je ne me souviens pas d’avoir raconté quoi que ce soit qui provenait d’un cours de pédagogie que j’ai suivi ou de rapports de recherches dont s’empiffrent de nombreux chercheurs.

En fait, je crois que quelques heures à observer des enfants en apprentissage libre valent beaucoup plus que la majorité des cours et des manuels de pédagogie. C’est plus exigeant car il  faut apprendre à observer et à tirer nous-mêmes les conclusions qui semblent s’imposer. C’est souvent plus insécurisant qu’un apprentissage explicite, mais, une telle démarche, véritablement constructiviste à la fois pour l’enfant et nous-mêmes, est nettement plus marquante, plus profitable.

Alors décrétons que cet été l’enseignement traditionnel est en vacances. Prenons des vacances en nous abandonnant, comme les enfants, à l’apprentissage.

Soyez prudents, profitez de l’été et redevenez élèves.

Robert Lyons