MATHADORE
    Volume 6 Numéro 189 – 25 septembre 2005

L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématiques

        Drôle de coïncidence

 

Dans Votre enfant et ses troubles d’apprentissage, d’Harold N. Levinson,  publié aux Éditions Québécor en 1989, on peut lire que divers problèmes d’apprentissage sont liés à un dysfonctionnement de l’oreille interne. En voici quelques-uns :

 

-          incapacité de se concentrer ;

-          trouble du langage, oubli du mot juste, mémoire défaillante ;

-          hyperactivité ;

-          difficulté à mémoriser les tables ;

-          problèmes d’équilibre ;

-          confusion des sons ;

-          inversion de lettres ou de syllabes ;

-          faible estime de soi ;

-          etc.

 

Certains enfants ne manifestent que quelques-uns de ces problèmes, d’autres peuvent tous les avoir.

 

Par ailleurs, il existe un autre symptôme, le seul qui soit toujours présent : le mal de cœur en automobile. En fait, plusieurs personnes qui souffrent d’un dysfonctionnement de l’oreille interne n’ont que ce problème de mal de cœur en automobile. Certains enfants apprennent rapidement à s’en protéger en fermant les yeux et en dormant très souvent lorsqu’ils voyagent.

 

Dans le cadre d’un cours universitaire, nous avons demandé à nos étudiantes, toutes enseignantes en exercice, d’effectuer une recherche afin de faire une première vérification au sujet de quelques-uns de ces problèmes. Chaque étudiante devait interroger tous les élèves de quatre ou cinq classes afin d’étudier une centaine de sujets. Chaque élève, âgé de huit à quinze ans, devait répondre aux quatre questions suivantes :

 

-          As-tu mal au cœur en automobile ?

-          Dors-tu souvent en automobile ?

-          Te cognes-tu souvent sur les meubles ?

-          Est-ce que tu lis en suivant avec ton doigt ?

 

Les enseignantes de chaque classe choisie devaient identifier leurs cinq élèves les plus faibles et leurs cinq élèves les plus forts.

En tout 1810 élèves ont participé à la recherche. Parmi ceux-ci, 386 élèves, soit 21,3 %, ont répondu avoir mal au cœur en automobile. Par ailleurs, 671 élèves, donc 37 %, ont répondu dormir fréquemment en automobile. On a dénombré 610 élèves, soit 33,7 %, qui prétendaient se cogner fréquemment sur les meubles et 337 élèves, soit 18,6 %, qui mentionnaient lire en suivant avec leur doigt.

 

Certes, ces questions ont été interprétées différemment d’un élève à l’autre et une recherche plus rigoureuse devra être réalisée. Donc, gardons une certaine prudence dans l’interprétation des résultats.

 

Les données recueillies nous permettent de constater qu’en ce qui concerne le mal de cœur en automobile, ce problème affecte 24 % des élèves forts et 32 % des élèves faibles  (comparé à  21,3 % pour l’ensemble des élèves). 29 % des élèves forts dorment en automobile alors que 53 % des élèves faibles font de même (37 % pour l’ensemble). 38 % des élèves forts se cognent fréquemment sur les meubles alors que 41 % des élèves faibles ont le même problème (33,7 % pour l’ensemble des élèves testés). Enfin 11 % des élèves forts lisent en suivant avec leur doigt et 37 % des élèves faibles utilisent le même procédé (comparé à 18,6 % pour tout le groupe).

 

Deux étudiantes nous ont remis des rapports très détaillés pour 175 élèves. Ces rapports ont révélé d’abord que chez ces 175 élèves, provenant de sept classes, les quatre difficultés étaient un peu plus présentes : mal de cœur : 26,3 % (175) contre 21,3 % (1810) ; dormir : 39,4 % (175) contre 37 % (1810) ; se cogner : 44,6 % (175) contre 33,7 % (1810) ; lire avec le doigt : 24 % (175) contre 18,6 % (1810).

 

Dans ces groupes, 35 élèves ont été identifiées comme forts et autant comme faibles. S’il n’y a aucun lien entre ces quatre manifestations, 18,8 % des élèves ne devraient avoir aucun de ces symptômes. Or dans le groupe des 35 élèves forts, il y en a 13, soit 37 % alors qu’on n’en trouve que 3, soit 9 % dans le groupe des élèves faibles. Bref, deux fois plus d’élèves forts que prévu n’ont aucun de ces symptômes alors que deux fois moins d’élèves faibles que prévus ont la même chance.

 

Par ailleurs, si ces quatre symptômes ne sont pas liés, 1,11 % des élèves devraient les avoir tous les quatre. Dans le groupe des élèves forts, il n’y en a aucun. Dans l’ensemble des 175 élèves, sept (7) élèves ont déclaré éprouver ces quatre manifestations, soit 4 %, ce qui est près de quatre fois plus que prévu. Le plus troublant est que ces sept élèves font tous partie du groupe des 35 élèves faibles, ce qui représente 20 % de ces élèves, soit 18 fois plus que prévu.

 

Que faut-il en conclure ? Rien de trop catégorique pour l’instant, mais il y a lieu d’aller plus loin. Voici donc ce que nous vous proposons. Si vous enseignez dans une classe régulière d’élèves d’au moins six ans et si vous êtes intéressée à participer à une recherche plus poussée sur ce sujet, écrivez-nous, mais ne commencez pas tout de suite votre investigation.

 

Suite à l’expérimentation de l’année dernière, nous devons raffiner nos questions et en ajouter quelques-unes. Si vous participez, nous vous demanderons de suivre un protocole précis et de nous expédier le tableau de vos résultats. Nous compilerons le tout et publierons cette compilation dans un futur Mathadore.

 

S’il s’avère qu’il y a un lien entre ces diverses difficultés d’apprentissage, nous entreprendrons une autre recherche sur les correctifs possibles.

 

Robert Lyons

 

Note : N’essayez pas d’acheter le volume de Levinson, sa publication a été discontinuée il y a plusieurs années. Avec de la chance, vous le trouverez peut-être dans une bibliothèque.