MATHADORE
         Volume 2 Numéro 82 - 14 avril  2002

L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématiques

       Caboche, Troublefête et D3D4
 

Dans Mathadore vol2num79.html , nous avons écrit sur la métacognition et sur l’importance d’associer divers comportements à des personnages repères pour les élèves. Voici donc Caboche, Troublefête et D3D4.

                                         

              CABOCHE                  TROUBLEFÊTE                           D3D4

Caboche personnifie la créativité, le transfert, la compréhension, l’autonomie, l’humour, l’esprit de synthèse.

Caboche constitue le personnage le plus important en apprentissage mais aussi dans la vie quotidienne. En apprentissage et en résolution de problèmes, c’est Caboche qui intervient en premier. Son travail consiste d’abord à comprendre le problème à résoudre en envisageant globalement toutes les données en présence. Par la suite, Caboche tente d’imaginer une ou plusieurs voies de solution. Il est important que Caboche travaille dans un climat de confiance, ce n’est pas le temps de mettre des idées en doute, c’est le temps d’en proposer, aussi bizarres soient-elles parfois. Enfin, si le problème ne peut être résolu avec les objets mêmes évoqués dans les données de ce problème, Caboche suggérera d’utiliser d’autres objets, des images ou des symboles pour « faire comme si », c’est-à-dire pour remplacer les objets du problème.

Au tour de Troublefête de se mettre au boulot. Son travail consiste à tenter de structurer les idées de Caboche. Il faudra essayer de construire chaque solution pas à pas en tenant rigoureusement compte de chaque donnée du problème. Troublefête doit donc suivre les avenues imaginées par Caboche afin de les développer et de les valider. Troublefête personnifie le raisonnement, la concentration, l’observation minutieuse. Alors que Caboche provoque le questionnement et formule des hypothèses, Troublefête explique, démontre, justifie.

Passons à D3D4 qui personnifie l’exécution rapide, précise et efficace. C’est à la fois une calculatrice et un lexique. D3D4 est un automate, un robot. Il ne décide pas, il exécute ce qu’il a mémorisé et ce que sa programmation lui dicte.

Si vous consultez Mathadore vol2num81.html , les comportements de Type A caractérisent Caboche, ceux de type B appartiennent à Troublefête alors que D3D4 est l’expert des comportements des types C et D.

En résolution de problèmes et en apprentissage, Caboche doit donc intervenir en premier et doit pouvoir le faire librement. Il faut museler Troublefête tant que Caboche n’a pas terminé de rêvasser au sujet d’un problème. Caboche n’a pas à trouver la meilleure solution, son mandat consiste à lancer diverses idées pouvant conduire à au moins une solution.

En classe, un problème étant posé, il faut amorcer la période « Caboche ». Interdiction alors de critiquer, de douter, de choisir. C’est le temps de voir autrement, de prendre des risques, de laisser son imagination et sa créativité travailler.

L’élève autonome, celui qui a confiance en lui ou celui qui accepte la critique sans crise émotive, l’élève cultivé, l’élève qui cherche et qui aime apprendre, l’élève qui s’autocritique pour le plaisir de s’améliorer, voilà Caboche.

L’élève minutieux, qui se concentre facilement, qui a de la facilité à combiner des règles parfois complexes, l’élève qui ne veut pas être pris en défaut, qui veut tout vérifier et tout préciser, l’élève qui aime expliquer, montrer et démontrer, voilà Troublefête.

L’élève qui travaille bien sous la pression, qui veut atteindre un résultat rapidement et de façon précise, celui qui cherche des trucs efficaces, qui accepte facilement de mémoriser les termes et les symboles adéquats, celui qui ne refuse pas la pratique répétitive, celui qui aime la compétition, voilà D3D4.

On l’aura constaté, ces personnages diffèrent beaucoup l’un de l’autre. L’idéal serait que nous soyons tous des Caboche, des Troublefête et des D3D4. Cela nous permettrait d’exceller dans toutes les phases d’une véritable résolution de problèmes, dans toutes les phases d’un apprentissage. Mais alors, nous serions tous semblables et non complémentaires ! 

En classe, il faut valoriser tantôt nos Caboche, tantôt nos Troublefête, tantôt nos D3D4 et il faut encourager chacun à développer les comportements qui lui sont moins naturels.

Robert Lyons

Une citation qui me semble pertinente de Roger Von Oech, le « gourou » de Silicon Valley :

   La logique est un instrument important de la pensée créative. Son utilisation est particulièrement opportune dans la phase pratique du processus créatif quand vous évaluez des idées et préparez leur application.
   Toutefois quand vous recherchez des idées, un excès de pensée logique peut court-circuiter votre processus créatif. La raison en est que la phase embryonnaire est gouvernée par une logique différente que l’on peut qualifier de métaphorique, fantastique, diffuse, elliptique et ambiguë.
Créatif de choc! p. 89.